Je suis en train de vivre mes premiers pas dans la vie associative étudiante. Après maintes hésitaions et une mûre réflexion, j'ai enfin décidé d'adhérer à l'UNEF.
L'UNEF est un syndicat étudiant fondé en 1907. C'est également la première organisation étudiante en France. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai adhéré. En effet, l'UNEF est le seul syndicat capable de faire face au gouvernement, tout en restant crédible et en constituant un réel contrepoids. L'efficacité de son action n'est un un mystère pour personne. Chaque année, l'UNEF remporte de nombreuses victoires : revlorisation des bourses, revalorisation du montant des allocations de recherche, rétablissement de 550 postes de chercheurs supprimés par le gouvernement, construction de 50 000 logements étudiants...
On reproche souvent à l'UNEF d'être une organisation top de gauche, trop partisane, le bras armé étudiant du Parti Socialiste. C'est le principal élément qui a repoussé mon adhésion, car à mon sens, une organisation étudiante ne doit en aucun cas être partisane, mais efficace et pragmatique, pour faire face aux dérives de tout gouvernement, qu'il soit de gauche ou de droite. Mais il n'en est rien. J'ai eu le plaisir de découvrir que l'UNEF est composée de 3 tendances. D'abord, il y a la tendance Majorité Nationale, dite "majo", qui est simplement socialiste. Il existe ensuite la tendance Tous Ensemble, une tendance minoritaire proche du Parti Communiste. Enfin, l'UNEF comprend une nouvelle tendance appelée Tendance Refondation Syndicale qui défend un idéal social-démocrate d'inspiration scandinave, modèle qui aujourd'hui allie le bien-être social et l'inévitable réalité du capitalisme libéral. Il y'a donc de la place pour tous les courants, ou presque. Certes, je serai sans doute amené à y prendre des positions en désaccord avec celles des autres adhérents, mais je ne regrette en aucun point mon choix, conforté par l'esprit d'ouverture et de tolérance qui règnent dans l'AGE (assemblée locale de l'UNEF).
Le 1e Avril 2008, auront lieu les élections des représentants étudiants au Conseil d'Administration de mon université (Université Toulouse 1 Sciences Sociales) ainsi qu'au CROUS. La campagne électorale commence, et ça risque d'être assez tendu. Laissez-moi vous présenter les différentes organisations qui font campagne dans ma fac. Excusez par avance ma partialité, mais je ne puis m'en empêcher.
AGET-FSE :
L'AGET est la composante locale de la Fédération Syndicale Etudiante. Cette organisation se revendique du syndicalisme de lutte, par opposition au syndicalisme de cogestion. Kézako ? En fait, la FSE refuse systématiquement toute discussion avec l'administration ou le gouvernement. Or, on se demande comment on peut obtenir des changements, des réformes, et influencer les décisions prises par le gouvernement sans discuter, sans négocier, sans se poser en acteur dans le théâtre du rapport de force. La FSE, peuplée d’hurluberlus aux cheveux gras, croit dur comme fer au « Grand Soir ». Voulant impulser la révolution, ses armes sont les coups de force et les blocages. Même si je désapprouve ses méthodes, qui m’ont certes fait rêver dans ma jeunesse de lycéen tunisien opprimé par un régime autoritaire et par la censure, l’AGET-FSE n’est pas un mal si grand. Elle est même nécessaire. J’ai toujours pensé que l’extrême gauche, tant qu’elle reste minoritaire, est le garde-fou de la société. Ces gens ont une sensibilité aiguisée qui permet de mettre le doigt sur les éventuelles dérives que la majorité s’apprête à faire… Mais malgré cela, en apprenti juriste-humaniste, je ne peux cautionner les violences de la FSE, ni ses idées radicales selon lesquelles « Tout ou rien ! ». Rien n’est tout noir, rien n’est tout blanc. Vouloir la révolution dans la France « mondialisée » du 21e siècle est aussi aberrant que le manichéisme. D’autant plus que Mao et Staline ne sont pas des modèles d’humanisme.
L’UNI :
L’UNI se dit aujourd’hui « sarkozyste ». Balivernes ! Avant, avait-elle au moins le mérite d’être authentique et honnête. L’UNI se cache aujourd’hui derrière cette maudite bienpensance (excusez ce néologisme) qui jusqu’à lors n’était que l’apanage du Parti Socialiste en crise. Il y’a certes de vrais sarkozystes à l’UNI, des jeunes de droite, mais il y existe également de très nombreux et influents sympathisants d’extrême-droite. Et entre adhérer à l’UNI aux côtés de petits nazillons en puissance, et entrer à l’UNEF malgré quelques émules de Marx, un tantinet niais à mon goût, le choix est fait ! En effet, fondée en 1968 par Rougeot (autocrate ad vitam aeternam qui continue aujourd’hui de diriger l’organisation), l’UNI n’est autre qu’une émanation du SAC, une organisation nationale-socialiste dissoute en 1981 après le règlement de compte interne qui a aboutit à l’assassinat de la famille d’un leader du SAC. C’est en effet très joyeux. L’UNI, en se présentant comme sarkozyste, veut aujourd’hui redorer son blason, ravaler sa façade, passer pour inoffensive. C’est difficile à croire lorsqu’on y regarde de plus près :
- A la tête de la liste UNI de l’Université de Strasbourg se trouvaient deux dirigeants du MNR, parti d’extrême droite de Bruno Mégret.
- L’UNI, dans ses publications, méprise ouvertement les « intellectuels »
- Dans l’un de ses tracts de l’Université de Nanterre, l’UNI a marqué « mon honneur s’appelle fidélité », devise du Waffen SS. Ca fait froid dans le dos.
- L’UNI n’hésite pas à utiliser la violence pour lutter contre les « mouvements de libération féminins, les fronts homos, les écologistes politisés […] bref, toute cette avant-garde de chaudpisseux et vérolés » selon les dires de Rougeot.
Derrière les chemises à carreaux bien repassées et les mocassins vernis, ce n’est pas très beau à voir.
La Cé (Confédération Etudiante) :
La Cé ne m’a pas paru si mauvaise que cela lorsque j’en ai entendu parler pour la première fois. Mais les voilà qui débarquent sur le campus, après des années d’absence. N’ayant rien fait à Toulouse pour les étudiants, leur seule stratégie est de dénigrer l’UNEF et de revendiquer les victoires remportées par l’UNEF alors que la Cé était absente. Malgré quelques bonnes idées et une vision quelque peu moderne, mais certes limitée, la Cé ne peut espérer ma confiance. De plus, la Cé est officiellement associée à la CFDT qui la finance depuis 2004 pour relayer ses idées et recruter les futurs adhérents. On ne peut donc pas parler d’indépendance. Mais comment respecter une organisation qui fait montre d’une telle mauvaise foi et qui usurpe les mérites et les réalisations de ses adversaires ? La concurrence est nécessaire et fait partie intégrante de la démocratie, mais encore faudrait-il qu’elle soit loyale.
La Corpo :
Les Corpos sont des associations regroupant des étudiants par faculté et par filière. Ainsi existe-t-il la Corpo Droit, AES Contact et l’Amicale Sciences Eco. Cette organisation affiliée à la FAGE est l’une des plus hilarantes du paysage associatif de Toulouse. En effet, la Corpo colle des affiches qui nous font mourir de rire, dans le genre « Pourquoi s’occuper de politique à la Fac ? ». Cette association n’est pas apolitique dans le but de rester neutre et indépendante, mais parce que ses membres n’y comprennent absolument rien. Vous n’avez qu’à voir les tracts de campagne de la Corpo. On y trouve des coloriages et des grilles de Sudoku. Ce qui m’afflige, c’est que ça marche : la masse de péquins abrutis et écervelés soutient cette organisation qui les infantilise et les conforte dans leur futilité.
Par ailleurs, la Corpo publie une revue, la « Pintade Déchaînée »… pas très original comme nom. En le lisant, j’ai pris conscience que le niveau de ce torchon était plus bas que terre, plus bas que celui de « Flaubération », le journal de mon ancien collège. Qu’y trouve-t-on ? Un article pour conseiller les grands benêts abreuvés de vulgaires séries télés d’une futilité ennuyante, un mode d’emploi pour apprendre aux étudiants comment accéder à son email (non seulement c’est écrit par des ignares, mais ils prennent leurs lecteurs pour des abrutis), un article minable sur la dernière soirée à la Couleur de la Culotte ou chez Tonton, 2 pages de Mots-fléchés, 2 pages de Sudoku, et de la pub…
En outre, la Corpo est très active dans l’organisation de soirées kitsch et de mauvais goût pour donner aux pécores mal fagotées l’impression d’être des VIP. Sinon, elle s’évertue à imprimer le cours des profs et de le vendre au prix scandaleux de 5 euros (sachant que les profs ne touchent rien, la Corpo se fait un profit monstre) que ses membres empochent et dépensent dans des niaiseries.
Par ailleurs, les élus Corpo ont voté l’augmentation du prix du ticket-repas au restaurant universitaire, belle manière de défendre les droits des étudiants. Bref, les élus corpo sans personnalité, sans culture, sans ligne politique, sont les pantins de l’administration Rousillon. Ils lui obéissent au doigt et à l’œil en contrepartie de subventions pour leur Gala ridicule et vulgaire. Bref, la Corpo d’aujourd’hui n’a rien à voir avec le passé glorieux de ses ancêtres faluchards traqués par l’occupant en 39-45.
UTIL :
Mais qu’est donc l’UTIL ? C’est la question que je me suis toujours posé. En lisant ses tracts et ses affiches d’apparence si neutre, je me suis tout de suite dit que c’était une de ces associations apolitiques pour étudiants écervelés, genre Corpo. C’est à ma grande surprise que j’a appris que cette organisation à l’apparence inoffensive était proche de Philippe De Villiers, dirigeant du parti d’extrême-droite MPF. Rien ne laissait présager que derrière tout cela se cachait un groupuscule ultra-catholique, islamophobe, homophobe et misogyne… Ils cachent bien leur jeu. En effet, ils préfèrent l’hypocrisie et la sournoiserie pour induire en erreur le malheureux électeur qui croirait voter pour une association quelconque. Après un petit tour sur leur site web, on ne peut qu’être écœuré par leur discours de victimisation. A les lire, ils seraient persécutés par le complot formé par l’administration Rousillon, l’AGET et l’UNEF qu’ils qualifient de fascistes. S’il y’en a bien qui sont fascistes, c’est…
Liste CROUS pour Tous :
Le meilleur pour la fin ! La liste Crous pour tous est menée par un certain Ousmane Diop, un illuminé bien connu du Consulat du Sénégal avec qui il a eu quelques échauffourées. Cette liste composée de membres de l’Association des Etudiants Sénégalais de Toulouse entend prendre la tête du CROUS pour défendre le droit des sénégalais contre le reste du monde. Ah, communautarisme, plaie de la société, quand tu nous tiens… Bref, une liste à la crédibilité douteuse, qui joue sur le nationalisme et le complot des « autres » en vue de réduire les droits des étrangers. Vous m’excuserez de rappeler que c’est l’UNEF qui a obtenu, entre autres, la suppression de la demande d’autorisation de travail temporaire qui était obligatoire pour les étudiants étrangers, et que c’est la seule organisation étudiante à même de défendre les droits des étudiants étrangers !
Bref, le seul mot d'ordre : Votez ! Pour qui que ce soit, mais, de grâce, votez.
Cela vous prendra 5 minutes. Présentez vous aux isoloirs munis de votre carte d'étudiant, dans le Hall de l'Arsenal. Prouvez que vos aïeux n'ont pas donné leur vie pour rien, prouvez que vous méritez la démocrtaie. Quant à moi, ayant trop longtemps souffert de son absence, je compte bien faire bon usage de la démocratie.
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