Digressions sur les phénomènes de mode actuels

Publié le par Shylock

De tous temps, les modes vestimentaires ont été porteuses d'idées. Les grandes modes populaires étaient le corollaire d'un mouvement culturel complet. Souvenez-vous de la mode hippie, de la mode punk, des beatniks, des mods britanniques, des skinheads etc. Ces modes n’étaient pas que des modes, elles étaient l’expression esthétique (en l’occurrence vestimentaire) d’un mouvement culturel, les stigmates plaisants et visibles (voire ostensibles) d’une pensée bouillonnante. Tous ces mouvements étaient en effet des mouvements culturels complets, ayant un aspect artistique, philosophique et politique. Ils s’emparaient de tous les supports, des arts graphiques à la musique, du vêtement au mode de vie, de la revendication sociale et politique à la métaphysique. Aujourd’hui il semble que tout ceci ait disparu. Exercez vous à tenter de dégager un grand mouvement culturel contemporain. Pour ma part, je n’y parviens pas. Demandons donc aux gens que l’on rencontre en flânant dans les boulevards de nos villes, sur les bancs de l’amphi d’une université ou dans un lycée, quelle est la mode dominante actuellement. C’est la mode fashion vous répondra-t-on. Oui, la mode actuelle est certainement La Mode avec un grand M. La mode pour la mode, la mode par conformisme. Et j’ai certains griefs à formuler à l’encontre de cette idée.

 

 

 

Mais en attendant, afin de rendre les choses plus limpides, je vais tenter de répondre à la question suivante : Et les « gothiques », la mode hip hop, les néo-punks ne forment-ils pas de grands mouvements culturels ? Ces mouvements sont, à première vue, des mouvements culturels comprenant à la fois mode vestimentaire, arts graphiques, musique, pensée. Cependant, on constate que la grande majorité des jeunes qui y adhèrent n’ont qu’une conception et une expérience absolument superficielle de ces grands mouvements. En général, ils n’en adoptent que le look et la musique et laissent l’essentiel. Ils ont souvent choisi ces contre-cultures parce qu’ils rejettent La Mode ou parce qu’ils ne peuvent matériellement l’adopter. Cette adhésion à une contre-culture fait partie du processus essentiel de construction de l’identité qui passe par l’intégration à un groupe social défini, laquelle intégration débouche sur le sentiment d’appartenance. N’étant pas imprégnés par cette contre-culture qu’ils ont utilisée comme facteur d’intégration, une fois la transition vers l’âge adulte opérée, ils l’abandonnent, du moins si ils n’ont pas fait le tour de toutes les contre-cultures en 3 ou 5 ans, passant du hip hop au « gothique », et du « gothique » au « grunge ». Le fait est que, bien que ces modes soient liées à de solides mouvements culturels, elles sonnent creux comme des coquilles vides car elles sont le cadre d’un conformisme aveugle pour cercles restreints. Ces modes sont bien des contre-cultures, tout à fait marginales et non des phénomènes de masse.

 

 

 

Venons en maintenant, à la fashion. Il s’agit bien d’une véritable mode en ce qu’elle est populaire. Le jeune lambda y est fidèle ou, du moins, il aspire à y correspondre. Mais on ne peut pas vraiment la qualifier de mode, en ce qu’elle change tous les 6 ou 10 mois. Depuis 1995 environ, à chaque saison de nouveaux standards apparaissent, et tentez de dégager une grande tendance vestimentaire, vous n’y parviendrez pas. La décennie 1995-2005 n’est pas marquée par UNE mode, mais par la succession anarchique de styles divers et variés qui changent presque aussi vite que tourne une girouette lors d’un après-midi venteux. A croire que les gens changent de style à chaque variation de leurs humeurs instables. Mais ce n’est pas le cas, et la réalité est plus alarmante.

 

En effet, les grandes tendances vestimentaires étaient en général l’émanation de groupes d’individus incarnant un mouvement culturel par exemple (hippies, punks etc.). Or, il se trouve que la prétendue fashion ne procède pas des gouts ou des envies des consommateurs, mais elle est le fruit du gré des industriels du textile. Ceux-ci créent la tendance en recyclant, de manière tardive et vulgaire, les idées des grands créateurs, ou bien en ressuscitant des modes passées maladroitement imitées (comme celle des Mods anglais qui inspire la mode actuelle) pour les oublier au bout de quelques mois.

 

Ces standards sont véhiculés par les media et la masse les adopte les yeux fermés. Si dans le dernier numéro de Closer, la starlette Britney Spears porte une jellaba rose fluo avec des santiags en cuir clouté, agrémentées de guirlandes lumineuses, les jeunes Vanessa et Cindy penseront que si Britney porte ça, alors c’est « branché » et que c’est le chic du chic. Elles s’empresseront donc d’aller chez H&M, Zara, Jennyfer, Pimkie ou autres C&A pour acheter une tenue similaire. Pourtant, si, la veille, on leur avait proposé une telle tenue, elles auraient crié « Quelle horreur ! ». Le couple fashion – mass media, impose au consommateur moyen de mettre au placard (ou bien anéantir ?) son goût, ses préférences, son individualité. Le goût et les opinions sont remplacés par des standards impersonnels et parfois ridicules construit par l’industrie et présentés à travers les idoles actuelles, à savoir Lorie, Diam’s, Justin Timberlake et autres heureux lauréats de la Star Ac’.

 

 

 

Outre ce point, cette fashion n’est-elle pas l’expression d’un mouvement culturel ? Je ne vois personnellement rien de culturel dans cette mode, mais cherchons tout de même des éléments qui seraient en faveur de cette thèse. L’art ? Je ne vois pas grand-chose à l’horizon… Si, la musique ! Du moins si l’on considère les vociférations de Diam’s ou la cacophonie insolente qu’est la  « tecktonik » comme de la musique… Personnellement, je m’en garde. La littérature ? Les lectures les plus riches du jeune lambda sont Choc Magazine, Entrevue, l’horoscope de Paris Match et avec un peu de chance la grille de mots fléchés de 20 Minutes. La philosophie ? C’est une formalité ennuyante qu’on subit l’année du Bac. Une pensée politique ou des revendications sociales ? Ma génération est complètement apolitique, ingénue et frivole, dans sa majorité, et si elle a un point de vue politique, il est le plus souvent fondé sur des futilités.

 

 

 

Le mouvement populaire dit fashion est donc lui aussi une coquille vide… vide de sens. Les gens se charcutent pour entrer dans un moule construit de toutes pièces pour eux. Lobotomisés, anesthésiés, ils plongent dans un conformisme, se soumettent à une « culture » de masse qui en fait des clones en les débarrassant de leur singularité ainsi que de leur esprit critique. Or, la singularité est la richesse qui fait l’individu, et l’esprit critique est le moteur du progrès. Comme dirait le dandy Barbey d’Aurevilly, la culture de masse et la mode pupulaire « nivelle les individus et menace les êtres originaux. J'ai beau chercher la vérité dans les masses, je ne la rencontre pas, je ne la rencontre que dans les individus. »

Publié dans Reflexions diverses

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bejaoui 05/02/2009 14:35

slt shylock, je souhaite te parler , c'est important,
voici mon mail: firdawssarra@hotmail.fr
je suis étudiante

tarek 07/04/2008 16:30

trè bonne rédaction shylock, quel plaisir a te lire!

boileau A.C 16/01/2008 20:50

Bonsoir , je voulais vous remerciez d'avoir rédiger cet article car cela me permet d'avancer considérablement dans mes TPE, oui je suis en premiière ES et je travaille sur l'influence de la mode chez les adolescents (on aborde la question du controle social des normes,...)je travaille sur les mouvements de refus plus particulièrement sur le mouvement gothique. Merci. Anne-Claire