Sans vouloir porter un jugement de valeur sur telle ou telle religion, je voudrais attirer l'attention sur un épisode sanglant de l'Histoire des religions, que l'on a tendance à oublier.
Bien qu'elle ne soit plus l'objet de la bigoterie de bon nombre d'européens, comme ce fut le cas pendant des siècles, l'Eglise Catholique jouit aujourd'hui d'une image relativement positive. En
effet, avec la popularité du Pape Jean-Paul II, la Journée Mondiale de la Jeunesse, un discours presque humaniste, l'Eglise a redoré son blason. Il n'en demeure pas moins que cette institution en a
généré une autre, qui a elle-même généré des atrocités innomables : l'Inquisition.
Dans une Europe médiévale où l'analphabétisme était la règle, l'on ne peut s'étonner que la population a admis cette absurdité en contradiction avec le message du Christ, à savoir que Dieu est
amour, et qu'elle ne s'est pas insurgée. Néanmoins, je me demande comment la majorité des ecclésiastiques n'a pas crié gare, et a accepté avec tant de facilité ce qui serait un crime contre
l'humanité (si l'on raisonne en des termes actuels) ou bien un blasphème/hérésie (si l'on adopte une vision religieuse).
Les Papes et autres hommes d'église ont légitimé l'Inquisition, et l'ont élaborée. En effet, des "hommes de Dieu" se sont évertué à concevoir des techniques abominables de torture. L'on sait
d'abord que le clergé n'était en aucun cas naïf, et qu'il ne croyait pas que c'était la voie du salut ou toute autre chose voulue par le seigneur. Peña, qui a réédité le
Directorium
Inquisitorum (Manuel de l'inquisiteur) de Nicolas Eymerich, rappelle au lecteur que «
la finalité première du procès et de la condamnation à mort
n’est pas de sauver
l’âme de l’accusé,
mais de procurer le bien public et de
terroriser le peuple. Or le bien public doit être placé bien plus haut que toute considération
charitable pour le bien d’un individu. »
Tout auteur d'hérésie risquait un procès devant l'Inquisition, juridiction spécialisée relevant du droit canonique. Qu'est-ce donc que l'hérésie ? C'est la « compréhension ou interprétation de
l’Evangile, non conforme à la compréhension et à l’interprétation traditionnellement défendues par l’Eglise catholique ». Cette notion est très vague, ce qui pouvait permettre d'accuser n'importe
qui et pour n'importe quelle raison. Le moindre écart insignifiant pouvait mener à la mort.
Saint Thomas d'Aquin, lui, aurait été un opposant farouche à la Sainte Inquisition. Il clamait tout haut (enfin, noir sur blanc) que la liberté de conscience est absolue : si un chrétien voit
un conflit entre le dogme et sa conscience,
il doit suivre sa conscience et non le dogme. L'Islam, à l'heure actuelle, aurait d'ailleurs grand besoin d'un Thomas
d'Aquin... Mais revenons-en à l'Inquisition. Une chose saute aux yeux. Cette définition apportée par Peña permet de vérfifier que l'Inquisition elle-même contredit presque l'intégralité des
enseignements du Christ, que l'Inquisition est une hérésie. Comment personne, à l'époque, n'a-t-il soulevé cette évidence ? La seule explication plausible serait, à mon avis, une "mauvaise foi" du
clergé qui serait pleinement conscient que ses actes sont contraires à la chrétienneté, et que son seul but était d'asseoir définitivement sa puissance.
Un ouvrage a attiré mon attention. Il est intitulé
Malleus Maleficarum (Marteau des sorcières). Il a été commandé par le Pape Innocent VIII à un ecclésiastique dénommé Heinrich Kramer. Il
s'agissait aussi d'un manuel destiné aux inquisiteurs. Ce livre visait précisément à guider les prêtres dans la chasse aux sorcières, soit une manoeuvre insidieuse pour entériner le statut
inférieur de la femme dans la socété médiévale. Kramer déclare dans cet ouvrage que le mot
femina (qui signifie "femme" en latin) est une conjonction de
fe (foi) et
minus
(mineure). Il affirme que la femme est faible et a une intelligence inférieure, ce qui lui permet d'expliquer qu'elle est naturellement prédisposée à être influencée par le Malin.
Ce livre est aussi un ouvrage de procédure inquisitoire. Il y est énoncé qu'une rumeur est suffisante pour déférer une femme devant les tribunaux de l'Inquisition, mais aussi que les avocats qui
défendent avec ardeur une sorcière sont
de facto ensorcelés et hérétiques.
Dans le Manuel de l'Inquisiteur, on peut lire que l'accusé ne doit jamais savoir de quoi il est accusé. Il doit donc avouer sous la torture des crimes qu'il n'a pas commis. La torture était, en
effet, monnaie courante. L'auteur "loue l’habitude de torturer les accusés, notamment de nos jours où les mécréants se montrent plus éhontés que jamais". On y lit également qu'il suffit qu'un seul
témoin accuse une personne, pour que cette dernière soit torturée pour obtenir des aveux. C'est ce que l'on appelle la
quaestio. Notons qu'elle a existé dans la procédure pénale
française et a été supprimée par Joseph Fouché.
L'Inquisition espagnole est celle qui a eu la plus grande longévité. Elle a, dans un premier temps, été abolie en 1808 par le roi d'Espagne Joseph Bonaparte, puis elle a été
remise en place par Ferdinand VII en 1814 (ce qui démontre un grand attachement à cette institution barbare). Elle sera définitivement abandonnée en 1823.
L'Inquisition romaine, appelée Saint-Office, a bien évidemment disparu, mais une institution en est l'héritière : la Congrégation pour la doctrine de la Foi, présidée en 1981 par Joseph Ratzinger.
L'Eglise s'est finalement repentie, en 2000 pour les excès de l'Inquisition.