Reflexions diverses

Mercredi 30 janvier 2008
Sans vouloir porter un jugement de valeur sur telle ou telle religion, je voudrais attirer l'attention sur un épisode sanglant de l'Histoire des religions, que l'on a tendance à oublier.

Bien qu'elle ne soit plus l'objet de la bigoterie de bon nombre d'européens, comme ce fut le cas pendant des siècles, l'Eglise Catholique jouit aujourd'hui d'une image relativement positive. En effet, avec la popularité du Pape Jean-Paul II, la Journée Mondiale de la Jeunesse, un discours presque humaniste, l'Eglise a redoré son blason. Il n'en demeure pas moins que cette institution en a généré une autre, qui a elle-même généré des atrocités innomables : l'Inquisition.

Dans une Europe médiévale où l'analphabétisme était la règle, l'on ne peut s'étonner que la population a admis cette absurdité en contradiction avec le message du Christ, à savoir que Dieu est amour, et qu'elle ne s'est pas insurgée. Néanmoins, je me demande comment la majorité des ecclésiastiques n'a pas crié gare, et a accepté avec tant de facilité ce qui serait un crime contre l'humanité (si l'on raisonne en des termes actuels) ou bien un blasphème/hérésie (si l'on adopte une vision religieuse).

Les Papes et autres hommes d'église ont légitimé l'Inquisition, et l'ont élaborée. En effet, des "hommes de Dieu" se sont évertué à concevoir des techniques abominables de torture.  L'on sait d'abord que le clergé n'était en aucun cas naïf, et qu'il ne croyait pas que c'était la voie du salut ou toute autre chose voulue par le seigneur. Peña, qui a réédité le Directorium Inquisitorum (Manuel de l'inquisiteur) de Nicolas Eymerich, rappelle au lecteur que « la finalité première du procès et de la condamnation à mort n’est pas de sauver l’âme de l’accusé, mais de procurer le bien public et de terroriser le peuple. Or le bien public doit être placé bien plus haut que toute considération charitable pour le bien d’un individu. »

Tout auteur d'hérésie risquait un procès devant l'Inquisition, juridiction spécialisée relevant du droit canonique. Qu'est-ce donc que l'hérésie ? C'est la « compréhension ou interprétation de l’Evangile, non conforme à la compréhension et à l’interprétation traditionnellement défendues par l’Eglise catholique ». Cette notion est très vague, ce qui pouvait permettre d'accuser n'importe qui et pour n'importe quelle raison. Le moindre écart insignifiant pouvait mener à la mort.
Saint Thomas d'Aquin, lui, aurait été un opposant farouche à la Sainte Inquisition. Il clamait tout haut (enfin, noir sur blanc) que la liberté de conscience est absolue : si un chrétien voit un conflit entre le dogme et sa conscience, il doit suivre sa conscience et non le dogme. L'Islam, à l'heure actuelle, aurait d'ailleurs grand besoin d'un Thomas d'Aquin... Mais revenons-en à l'Inquisition. Une chose saute aux yeux. Cette définition apportée par Peña permet  de vérfifier que l'Inquisition elle-même contredit presque l'intégralité des enseignements du Christ, que l'Inquisition est une hérésie. Comment personne, à l'époque, n'a-t-il soulevé cette évidence ? La seule explication plausible serait, à mon avis, une "mauvaise foi" du clergé qui serait pleinement conscient que ses actes sont contraires à la chrétienneté, et que son seul but était d'asseoir définitivement sa puissance.

Un ouvrage a attiré mon attention. Il est intitulé Malleus Maleficarum (Marteau des sorcières). Il a été commandé par le Pape Innocent VIII à un ecclésiastique dénommé Heinrich Kramer. Il s'agissait aussi d'un manuel destiné aux inquisiteurs. Ce livre visait précisément à guider les prêtres dans la chasse aux sorcières, soit une manoeuvre insidieuse pour entériner le statut inférieur de la femme dans la socété médiévale. Kramer déclare dans cet ouvrage que le mot femina (qui signifie "femme" en latin) est une conjonction de fe (foi) et minus (mineure). Il affirme que la femme est faible et a une intelligence inférieure, ce qui lui permet d'expliquer qu'elle est naturellement prédisposée à être influencée par le Malin.
Ce livre est aussi un ouvrage de procédure inquisitoire. Il y est énoncé qu'une rumeur est suffisante pour déférer une femme devant les tribunaux de l'Inquisition, mais aussi que les avocats qui défendent avec ardeur une sorcière sont de facto ensorcelés et hérétiques.
Dans le Manuel de l'Inquisiteur, on peut lire que l'accusé ne doit jamais savoir de quoi il est accusé. Il doit donc avouer sous la torture des crimes qu'il n'a pas commis. La torture était, en effet, monnaie courante. L'auteur "loue l’habitude de torturer les accusés, notamment de nos jours où les mécréants se montrent plus éhontés que jamais". On y lit également qu'il suffit qu'un seul témoin accuse une personne, pour que cette dernière soit torturée pour obtenir des aveux. C'est ce que l'on appelle la quaestio. Notons qu'elle  a existé dans la procédure pénale française  et a été supprimée par Joseph Fouché.

L'Inquisition espagnole est celle qui a  eu la plus grande longévité. Elle a, dans un premier temps, été abolie  en 1808 par le roi d'Espagne  Joseph Bonaparte, puis elle a été remise en place par Ferdinand VII en 1814 (ce qui démontre un grand attachement à cette institution barbare). Elle sera définitivement abandonnée en 1823. 
L'Inquisition romaine, appelée Saint-Office, a bien évidemment disparu, mais une institution en est l'héritière : la Congrégation pour la doctrine de la Foi, présidée en 1981 par Joseph Ratzinger. L'Eglise s'est finalement repentie, en 2000 pour les excès de l'Inquisition.
Par Shylock
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Samedi 19 janvier 2008
Quitte à paraître un peu vieux jeu/aigri, je m'exprime quand même :

 

Venant de finir de passer les examens du premier semestre (avec brio, je l'espère !), je suis impatient de reprendre les cours... Mais d'un autre côté je redoute cette reprise.

En effet, j'ai plaisir à écouter certains professeurs aux cours envoûtants, mais mon désarroi est infini face à mes camarades d'amphi. Dans des amphis de 400 étudiants, il est impossible de suivre un cours dans de bonnes conditions si une poignée d'étudiants chahutent. Que dire si c'est la moitié de l'amphi qui parle ! Et c'est bien le cas.

 

Petit tour d'horizon dans un amphi de l'Université de Toulouse lors d'un cours de Droit Administratif :

Le professeur dicte quelques phrases. La majorité des étudiants se taisent et écrivent.

Le professeur cesse de dicter et développe un point important du cours ou bien nous raconte quelques anecdotes intéressantes, partie qui rend le cours plus agréable et plus attrayant. A ce moment, les filles d’à-côté se plongent dans leur 20 Minutes et se concertent pour décider comment elles vont remplir leur passionnante grille de mots-fléchés. Plus bas dans l’amphi, un étudiant discute par MSN sur son ordinateur. Mais les plus pénibles sont ceux qui n’ont de cesse de rire et de parler. Quel est l’intérêt de venir assister à un cours magistral, si c’est pour discuter ou vaquer à d’autres occupations plus futiles les unes que les autres ? Ces étudiants ne feraient-ils pas mieux de rester chez eux ou d’aller boire un chocolat chaud dans la cafétéria ? N’ont-ils pas compris que la présence n’est pas obligatoire dans les CM, et que s’ils s’absentent, le professeur ne s’en apercevra même pas ?

 

Ce sont bien sûr ces mêmes élèves qui, en séances de Travaux Dirigés ne sauront répondre à la question « Qui est le Secrétaire d’Etat aux Etats-Unis ? » et qui nous feront perdre notre temps en demandant s’il faut souligner le titre, laisser une marge de 2 carreaux ou s’il faut écrire la date sur la copie. Ce qui me rend malheureux c’est que la grande majorité des étudiants sont de cette trempe. L’école ne prépare-t-elle pas convenablement à l’université ? Je me pose la question.

 

Pour ma part, après deux années en fac de droit, j’en viens à me prononcer en faveur d’une sélection à l’entrée de l’université, car la plupart des étudiants en droit entrent à la fac sans même savoir ce qu’est le droit et finissent par se réorienter. Il faudrait, cependant, que la sélection soit convenablement menée : au cas par cas (car les notes ne signifient pas grand chose, isolées) et sans discrimination. Connaissant l’administration française, une sélection juste et bien faite ne sera pas à l’ordre du jour avant bien longtemps. Il faut donc considérer une autre solution. Le problème étant des étudiants ne manifestant pas d’intérêt pour les cours et un taux de réussite de 35% en première année (sachant qu’il suffit de valider un semestre sur deux, et que pour chaque semestre il y’a une session principale et une session de rattrapage, donc au total 4 chances), ses sources sont au lycée. Il est urgent de réformer le système d’orientation qui envoie des bacheliers vers des filières qu’ils n’aimeront pas ou qui ne seront pas à leur portée. Il est également important d’élever le niveau des études secondaires, car les maigres acquis du bachelier lambda en font une victime potentielle des exigences des études universitaires.

Par Shylock
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Vendredi 18 janvier 2008

J'ai écrit cet article au début de l'année 2006, dans le cadre du concours du meilleur article sur la construction maghrébine organisé par la Fondation Friedrich Ebert. Ce texte, fruit d'une longue réflexion, expose mes idées pour construire un Maghreb moderne, démocratique, compétitif, notamment sur la base de la coopération euro-maghrébine qui est, plus que jamais, d'actualité.


Après l’indépendance, osons l’interdépendance

Aujourd’hui, une multitude de peuples et de civilisations sont interconnectés via des réseaux satellitaires couvrant l’ensemble de la planète. Les échanges sont globalisés et les informations traversent le monde à la vitesse de l’image et du son, c'est-à-dire instantanément. Et demain, les frontières des Etats-nations sont vouées à disparaître, si ce n’est déjà fait... Mais, au même moment, au Maghreb, certaines frontières terrestres ont été maintes fois hermétisées, la communication entre nos peuples est difficile, les informations passent par le filet de la censure et à l’heure actuelle, la flexibilité géographique de l’emploi, la liberté de circulation, et les échanges commerciaux sont soumis à bien des obstacles.
 
Nous sommes jeunes, et c’est à nous que reviendra la gouvernance de cette terre héritée de nos ancêtres… Et nous voyons le progrès transformer la société de nos voisins du Nord, à quelques encablures de nos capitales. Ce progrès qui fait la navette entre les deux rives du Nord de l’Atlantique, semble incapable de traverser la Méditerranée. Faudrait-il construire un pont entre Marseille et Alger pour que la philosophie des Lumières daigne nous inspirer ? En attendant, des jeunes désoeuvrés, désespérés, se jettent dans la Méditerranée pour tenter de rejoindre la rive de la modernité,  au risque de perdre leur vie qui vient à peine de commencer.

Le tout fait que mon principal rêve est que le Maghreb soit en mesure de répondre aux aspirations de ses enfants. Pour cela, et c’est là aussi mon rêve, le Maghreb doit se mettre au diapason de l’évolution universelle, accéder à la modernité, s’ouvrir à la démocratie. Je rêve d’un Maghreb où les inégalités sociales s’estompent, un Maghreb où nos sœurs sont libres de travailler sans souffrir d’une quelconque ségrégation. Je rêve d’un Maghreb uni, où l’Etat est ouvert sur ses citoyens. Je rêve aussi d’un Maghreb ouvert sur l’Europe, mère de l’Humanisme ; sur l’Amérique, en constante évolution ; sur l’Afrique, berceau de toutes les civilisations et sur le Moyen-Orient. Bref, un Maghreb ouvert sur le monde.

Mais je ne me fais pas d’illusions quant à la multitude d’obstacles qui barrent la voie à l’accomplissement de ce rêve… qui, tout de même, me semble à portée de main.

Depuis cinquante années aujourd’hui, le Maroc et la Tunisie sont indépendants, et cela fait quarante-quatre ans que l’Algérie n’est plus un territoire français. Après des siècles de domination du Maghreb par des forces étrangères, nos pays sont enfin autonomes. Qu’a-t-on fait de la liberté pour laquelle nos aïeux ont lutté ? Certes, des réalisations mises en place plus ou moins tardivement ont permis des progrès, mais à l’heure où la mondialisation rend indispensable la construction maghrébine, de quel Maghreb, nous les jeunes, avons hérité ?
Les tentatives pour mettre en œuvre la construction maghrébine ont été aussi nombreuses que vaines. En effet, du Conseil Permanent Consultatif du Maghreb, établi à Tunis en 1964, à l’Union du Maghreb Arabe qui n’a vu aboutir aucun de ses projets depuis sa mise en place il y a 17 ans, la construction maghrébine n’a enregistré aucun progrès.

Qu’est-ce qui a donc entravé la construction maghrébine, et qui continue aujourd’hui de poser problème ?
Un premier obstacle empêche la construction maghrébine. C’est celui que tous les Etats désirant s’unir ont rencontré : chacun veut à tout prix conserver la totalité de sa souveraineté nationale. Le Président des Etats-Unis d’Amérique Franklin D. Roosevelt avait déjà dit à ce sujet, en 1936 en s’adressant à ses pairs du continent américain : « Chacun de nous a appris les gloires de l’indépendance, que chacun de nous apprenne aujourd’hui les gloires de l’interdépendance ». C’est dans ce sens que nos Etats devraient s’engager sans plus tarder. Sans cela, aucune possibilité d’ouverture dans le sens qu’exigent pourtant les impératifs de notre temps.
Autre obstacle d’ordre culturel : le Maghreb est encore en transition entre une solidarité « mécanique » et une solidarité « organique », au sens du sociologue Emile Durkheim. En effet, il existe des normes, valeurs, traditions dominantes qui font figure de conscience collective au Maghreb. Cette conscience collective exerce une forte contrainte sociale, c'est-à-dire que les individus ne peuvent pas, ou très difficilement, se soustraire à ce qu’imposent la tradition et les normes en vigueur. Les sanctions contre ceux qui transgressent les normes sont parfois très violentes, car c’est l’ensemble de la société qui se sent menacée, par une transgression, même minime, des normes. L’Etat a un rôle majeur à jouer dans ce domaine en forçant l’ouverture culturelle et la tolérance, rendant les individus solidaires car complémentaires et interdépendants (notamment dans leurs activités de production), autrement dit par la solidarité « organique ».

Mais avant tout ceci, ce qui vient d’abord à l’esprit, ce sont ces conflits d’ordre politique et territorial qui ont gelé toutes les tentatives de construction maghrébine. C’est le cas notamment du conflit relatif à la question du Sahara, qui, faut-il le signaler ici, dure depuis plus de trente ans… Mais, il doit être souligné que la persistance d’un tel conflit est elle-même significative des blocages politiques et du système de gouvernement dans l’ensemble des pays maghrébins. C’est même, peut-être, là que réside le principal obstacle à la solution des graves problèmes qui se posent à chacun de ces pays, et qui entravent d’autant leur aptitude à la construction d’un ensemble viable, capable aussi de se poser en partenaire crédible à son principal client et fournisseur qu’est l’Union Européenne.

Un dernier obstacle à signaler, qui est de taille et qui est, à mon avis, à l’origine de tout, c’est la désintégration de nos économies et l’absence de complémentarité ou de forces communes qui pourraient servir de levier pour notre intégration économique et la construction d’un ensemble maghrébin. Tout cela est, en fait, le résultat du retard pris par nos pays pendant des siècles et de notre dépendance à l’égard des pays avancés. A commencer par nos voisins immédiats, l’Europe, qui a été et reste depuis des siècles, c'est-à-dire avant même la colonisation, notre principal client et fournisseur.  

Cela dit, et face à tant de blocages, comment devons-nous procéder, et par quoi commencer pour relancer la construction maghrébine ? Y a-t-il un levier qui, plus que tout autre, pourrait nous aider à soulever le poids de notre retard ?  Bref, et compte tenu de tout cela, quelle stratégie pour  déverrouiller la situation et remettre le Maghreb en marche ?

Différentes pistes s’offrent à nous pour cela : autant, en fait, que les obstacles que nous venons d’évoquer, avec pour chacune une action appropriée. Et le tout, si possible, mené simultanément. Une urgence devrait être donnée néanmoins au règlement du conflit lié au Sahara. Une approche, à cet effet, pourrait être tentée : fondée, pour l’essentiel, sur un arbitrage international, elle dissocierait, au besoin, cette question de la construction maghrébine. Car cette dernière, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, ne peut pas avoir de meilleur moteur que ce qui a été pendant longtemps un frein à notre construction ; c'est-à-dire la désintégration même de nos économies et leur forte dépendance vis-à-vis de l’Europe. Ce paradoxe s’explique par la mondialisation et le besoin qu’elle a suscité partout de la création de grands ensembles.

L’Union Européenne est en effet notre principal partenaire commercial. Elle est également le premier investisseur en flux et en stock. Il s’agit potentiellement d’un élément fédérateur entre les pays du Maghreb. L’Europe souhaite renforcer ses relations avec nous, et elle a inclus le Maghreb dans sa Politique Européenne de Voisinage. L’approfondissement de la coopération déjà en cours avec l’Europe serait probablement un vecteur de la construction maghrébine. Nous pourrions ensemble penser à notre développement, et bénéficier de l’aide européenne afin de combler nos lacunes et de nous permettre une meilleure adaptabilité aux mutations conjoncturelles et structurelles de l’économie mondiale.

Il y a en effet une concordance de nos intérêts. D’une part, le Maghreb présente un enjeu géostratégique important, avec la lutte contre le terrorisme, qui est également notre préoccupation. D’autre part, les européens ont intérêt à investir dans un marché maghrébin unifié et ouvert. En effet, la levée des barrières douanières ferait du Maghreb un marché unique, et l’ouverture des capitaux des entreprises publiques seraient fortement susceptibles d’attirer des investisseurs européens. Cela favoriserait donc considérablement les flux d’investissements directs étrangers (IDE). Ceux-ci permettraient de créer des emplois, d’améliorer la productivité, d’opérer des transferts de compétences et de technologies, d’accroître les exportations et de contribuer au développement économique à long terme du Maghreb. Un « développement en cascade » comme celui de l’Asie Orientale sous l’impulsion du Japon, serait certainement envisageable.

Si nous observons les dynamiques en cours à travers le globe, et avec le soutien de l’Europe, nous pouvons penser que les pays capables, et désireux de constituer un seul marché, seraient incités à le faire effectivement. Fut-ce, pour cela, se résigner, dans un premier temps, à entamer cette construction à deux vitesses, de façon à permettre aux pays qui y sont disposés, de s’ériger en marché unique, tout en laissant la porte ouverte aux autres dès que les problèmes qui les en ont empêché auront trouvé leur solution.

A l’aune des évolutions techniques importantes que connaît le monde, et dans le but d’obtenir une compétitivité suffisante, il est capital de résoudre les difficultés que connaît le système éducatif. La solution serait une augmentation du budget alloué à l’éducation, et une audacieuse réforme de l’enseignement, car à l’école publique, au Maghreb, on nous demande d’apprendre et non de comprendre. L’Ecole devrait, à mon sens, préparer les jeunes à devenir des citoyens politisés en suscitant un développement de leur esprit critique pour qu’ils puissent être des acteurs efficaces de la politique de leur pays, ou de la société civile ; étant tout à fait conscients du réel et de ses mécanismes. Le système éducatif devrait aussi former des scientifiques et des techniciens de haut niveau.

Dès lors, il serait d’autant plus intéressant de débuter par une coopération dans des domaines particuliers, sur le modèle de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier. Mais, étant donné que nos pays n’ont pas vraiment de production qu’ils pourraient mettre en commun, il serait judicieux de fonder une coopération dans le domaine des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC). On pourrait aisément faire du Maghreb un pôle de compétitivité et d’innovation en mettant en commun des programmes de recherche scientifique, et en promouvant la création d’entreprises dans le domaine des NTIC, à travers un soutien de l’Etat, et une coopération avec l’Europe. Ce serait également un moyen de favoriser l’initiative des jeunes entrepreneurs et l’embauche des jeunes diplômés.

En conclusion, je pense que la construction maghrébine devrait transcender les Etats et qu’elle devrait s’appuyer sur des clubs, des associations, des groupes de réflexion, rassemblant des jeunes maghrébins et européens, des chefs d’entreprises, des intellectuels afin qu’ils élaborent ensemble des solutions pour l’avenir du Maghreb et de son partenariat avec l’Europe.

L’aboutissement idéal serait de construire un Maghreb, qui, en plus de former une puissance économique, devienne une puissance politique fondée sur la « bonne gouvernance » avec tout ce que cela suppose, et à tous les niveaux, en matière de transparence, de démocratie, de respect des Droits de l’Homme et d’égalité de tous devant la loi. Que le Maghreb ait un poids sur la scène internationale. Que nos Etats puissent s’exprimer d’une même voix. Mais il s’agit d’une entreprise périlleuse que même l’Europe n’a pas pu encore réaliser… Nous l’avons récemment observé, lors de la guerre d’Irak au sujet de laquelle les pays de l’Union étaient divisés.


M. H. Sayah
Concours de la Fondation Friedrich Ebert du meilleur article sur la construction du Maghreb (Mars 2006).
Par Shylock
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Jeudi 6 décembre 2007

De tous temps, les modes vestimentaires ont été porteuses d'idées. Les grandes modes populaires étaient le corollaire d'un mouvement culturel complet. Souvenez-vous de la mode hippie, de la mode punk, des beatniks, des mods britanniques, des skinheads etc. Ces modes n’étaient pas que des modes, elles étaient l’expression esthétique (en l’occurrence vestimentaire) d’un mouvement culturel, les stigmates plaisants et visibles (voire ostensibles) d’une pensée bouillonnante. Tous ces mouvements étaient en effet des mouvements culturels complets, ayant un aspect artistique, philosophique et politique. Ils s’emparaient de tous les supports, des arts graphiques à la musique, du vêtement au mode de vie, de la revendication sociale et politique à la métaphysique. Aujourd’hui il semble que tout ceci ait disparu. Exercez vous à tenter de dégager un grand mouvement culturel contemporain. Pour ma part, je n’y parviens pas. Demandons donc aux gens que l’on rencontre en flânant dans les boulevards de nos villes, sur les bancs de l’amphi d’une université ou dans un lycée, quelle est la mode dominante actuellement. C’est la mode fashion vous répondra-t-on. Oui, la mode actuelle est certainement La Mode avec un grand M. La mode pour la mode, la mode par conformisme. Et j’ai certains griefs à formuler à l’encontre de cette idée.

 

 

 

Mais en attendant, afin de rendre les choses plus limpides, je vais tenter de répondre à la question suivante : Et les « gothiques », la mode hip hop, les néo-punks ne forment-ils pas de grands mouvements culturels ? Ces mouvements sont, à première vue, des mouvements culturels comprenant à la fois mode vestimentaire, arts graphiques, musique, pensée. Cependant, on constate que la grande majorité des jeunes qui y adhèrent n’ont qu’une conception et une expérience absolument superficielle de ces grands mouvements. En général, ils n’en adoptent que le look et la musique et laissent l’essentiel. Ils ont souvent choisi ces contre-cultures parce qu’ils rejettent La Mode ou parce qu’ils ne peuvent matériellement l’adopter. Cette adhésion à une contre-culture fait partie du processus essentiel de construction de l’identité qui passe par l’intégration à un groupe social défini, laquelle intégration débouche sur le sentiment d’appartenance. N’étant pas imprégnés par cette contre-culture qu’ils ont utilisée comme facteur d’intégration, une fois la transition vers l’âge adulte opérée, ils l’abandonnent, du moins si ils n’ont pas fait le tour de toutes les contre-cultures en 3 ou 5 ans, passant du hip hop au « gothique », et du « gothique » au « grunge ». Le fait est que, bien que ces modes soient liées à de solides mouvements culturels, elles sonnent creux comme des coquilles vides car elles sont le cadre d’un conformisme aveugle pour cercles restreints. Ces modes sont bien des contre-cultures, tout à fait marginales et non des phénomènes de masse.

 

 

 

Venons en maintenant, à la fashion. Il s’agit bien d’une véritable mode en ce qu’elle est populaire. Le jeune lambda y est fidèle ou, du moins, il aspire à y correspondre. Mais on ne peut pas vraiment la qualifier de mode, en ce qu’elle change tous les 6 ou 10 mois. Depuis 1995 environ, à chaque saison de nouveaux standards apparaissent, et tentez de dégager une grande tendance vestimentaire, vous n’y parviendrez pas. La décennie 1995-2005 n’est pas marquée par UNE mode, mais par la succession anarchique de styles divers et variés qui changent presque aussi vite que tourne une girouette lors d’un après-midi venteux. A croire que les gens changent de style à chaque variation de leurs humeurs instables. Mais ce n’est pas le cas, et la réalité est plus alarmante.

 

En effet, les grandes tendances vestimentaires étaient en général l’émanation de groupes d’individus incarnant un mouvement culturel par exemple (hippies, punks etc.). Or, il se trouve que la prétendue fashion ne procède pas des gouts ou des envies des consommateurs, mais elle est le fruit du gré des industriels du textile. Ceux-ci créent la tendance en recyclant, de manière tardive et vulgaire, les idées des grands créateurs, ou bien en ressuscitant des modes passées maladroitement imitées (comme celle des Mods anglais qui inspire la mode actuelle) pour les oublier au bout de quelques mois.

 

Ces standards sont véhiculés par les media et la masse les adopte les yeux fermés. Si dans le dernier numéro de Closer, la starlette Britney Spears porte une jellaba rose fluo avec des santiags en cuir clouté, agrémentées de guirlandes lumineuses, les jeunes Vanessa et Cindy penseront que si Britney porte ça, alors c’est « branché » et que c’est le chic du chic. Elles s’empresseront donc d’aller chez H&M, Zara, Jennyfer, Pimkie ou autres C&A pour acheter une tenue similaire. Pourtant, si, la veille, on leur avait proposé une telle tenue, elles auraient crié « Quelle horreur ! ». Le couple fashion – mass media, impose au consommateur moyen de mettre au placard (ou bien anéantir ?) son goût, ses préférences, son individualité. Le goût et les opinions sont remplacés par des standards impersonnels et parfois ridicules construit par l’industrie et présentés à travers les idoles actuelles, à savoir Lorie, Diam’s, Justin Timberlake et autres heureux lauréats de la Star Ac’.

 

 

 

Outre ce point, cette fashion n’est-elle pas l’expression d’un mouvement culturel ? Je ne vois personnellement rien de culturel dans cette mode, mais cherchons tout de même des éléments qui seraient en faveur de cette thèse. L’art ? Je ne vois pas grand-chose à l’horizon… Si, la musique ! Du moins si l’on considère les vociférations de Diam’s ou la cacophonie insolente qu’est la  « tecktonik » comme de la musique… Personnellement, je m’en garde. La littérature ? Les lectures les plus riches du jeune lambda sont Choc Magazine, Entrevue, l’horoscope de Paris Match et avec un peu de chance la grille de mots fléchés de 20 Minutes. La philosophie ? C’est une formalité ennuyante qu’on subit l’année du Bac. Une pensée politique ou des revendications sociales ? Ma génération est complètement apolitique, ingénue et frivole, dans sa majorité, et si elle a un point de vue politique, il est le plus souvent fondé sur des futilités.

 

 

 

Le mouvement populaire dit fashion est donc lui aussi une coquille vide… vide de sens. Les gens se charcutent pour entrer dans un moule construit de toutes pièces pour eux. Lobotomisés, anesthésiés, ils plongent dans un conformisme, se soumettent à une « culture » de masse qui en fait des clones en les débarrassant de leur singularité ainsi que de leur esprit critique. Or, la singularité est la richesse qui fait l’individu, et l’esprit critique est le moteur du progrès. Comme dirait le dandy Barbey d’Aurevilly, la culture de masse et la mode pupulaire « nivelle les individus et menace les êtres originaux. J'ai beau chercher la vérité dans les masses, je ne la rencontre pas, je ne la rencontre que dans les individus. »

Par Shylock
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